Mes 3 étapes

Au paravant, pour ne pas dire AVANT, passer la période nouvelle année à début février était toujours un peu compliqué. Avant, elle représentait le départ de ma mère. Un départ en étapes, un retour à Curie, un transfert en soins paliatifs le 2 janvier puis un dernier souffle le 2 février.

Avant, je restais souvent dans le passé.

Avec la maladie, j’ai eu besoin d’aller de l’avant, de planifier. Pour cela, retour au chiffre 3, décliné en étapes, mes étapes.

Opération reprise de contrôle : Paris-Versailles puis La Ville en Rose ensuite reprise du travail.

beffroiDes étapes variées et en adéquation parfaite pour se sentir revivre et arrêter de subir. Paris-Versailles m’a permis, après un sacré coaching de 2 mois, de réveiller mon corps et mon endurance. Cette même endurance a nourri mon énergie pour La Ville en Rose, Montrouge se bouge contre le cancer. L’événement a été ma béquille pendant la période de chirurgie et de rayons. La Ville en Rose m’a permis de caser la maladie dans un petit coin et de lui laisser le moins d’espace possible, de lui couper l’oxygène. Une fois le traitement terminé le 5 juillet, je ne suis pas tombée dans les abysses de l’après. La période ou tout s’arrête. Plus d’infirmière au quotidien, plus de médecin, seule avec ses questions ses peurs. Le rose a comblé ce vide.

Enfin, la dernière étape qui consiste à reprendre le travail, son travail, son poste, sa vie de tous le jours. L’étape la plus « banale » des 3 sur le papier mais celle qui permet d’espérer que le cours de sa vie reprend son cours normal, logique.

Bon, ce n’est pas si simple et je ne suis pas encore à temps plein, mais cela suit son chemin.

Aujourd’hui, visite de surveillance avec une sortie de consultation optimiste. Alors oui, la maladie m’a particulièrement gâtée mais malgré ce cancer de type agressif mes résultats me permettent d’espérer passer à autre chose.soft 2

Je ne regarde plus en arrière, j’ai retrouvé une saveur au 2 janvier, mon anniversaire. Je vais droit devant pour construire ma deuxième vie.

2017, l’année de ma nouvelle vie.

Merci ma Coach sans relâche, merci aux acteurs de la Ville en Rose, merci Soft, merci au clan Monnier, à mon homme et à mon super héros, qui a grandi plus vite que prévu.

Je vous la souhaite à tous très belle.

Petites victoires

Après 13 chimios et une chirurgie, mon corps reprend le pouvoir :

  • 1er shampoing
  • 1er japonais
  • 1ère virée à vélo
  • 1ère séance de coiffeur
  • 1ères sueurs au sport
  • 1ère épilation
  • 1ère fois que je double quelqu’un à vélo ( 6 mois que je me fais doubler en marchant, en « courant » sur 20 mètres, en pédalant…)
  • 1ère application de mascara

Un sursaut, avant d’attaquer les rayons. D’autres contraintes et effets secondaires, mais comme le dit Axel : « on termine en te faisant un gilet par balle ».

Le plus dur est passé, j’entame le dernier chapitre motivée par les résultats obtenus et requinquée mentalement. Demain, c’est parti pour 25 séances.

Armelle 2 – Crabos 0

Les résultats sont tombés, ils sont sans appel : ta place est ailleurs !

Deux fois que tu tentes de t’incruster chez moi, vas-tu enfin comprendre qu’il n’y a pas d’espace pour toi en moi.

Les résultats post chirurgie sont tombés, ils sont excellents : ganglions intacts et pas une seule trace de tes cellules. Tu as été anéanti, terrassé. Sur ce, petit contrôle à droite pour vérifier que par sournoiserie tu ne tentes de revenir et pour redémarrer sur deux bonnes bases : tout est clean.

Le message est clair : pas la peine de revenir. J’ai eu des failles de moral, des doutes mais mon corps a gardé le cap, c’est un roc. Il a résisté aux chimios, c’est parfaitement remis des chirurgies, a encaissé les précédents rayons.

Ta place est ailleurs.

Elle se réduit de jour en jour. Bientôt, tu nous feras moins peur à toutes, bientôt tu seras perdant d’office. Ta fin est proche.

Tchao Crabos

Plus compliqué que prévu…

Enfin je sors la tête de l’eau, enfin je parviens à ne plus couler, enfin j’ai lâché le lest qui m’entraînait toujours plus bas ou au mieux m’empêchait de garder ma ligne de flottaison. Je parviens de nouveau à garder le cap voir donner de nouvelles directions.

Tout cela, je ne peux en grande partie m’en prendre qu’à moi-même. Pour surmonter l’annonce de ce nouvel épisode, j’avais pris la posture de la minimisation. « Allez c’est bon tu connais, ce sera une nouvelle parenthèse. Au final, tu vas même mieux maîtriser puisque 1 toutes les étapes seront sans surprises, et en plus c’est un « petit cancer »  avec des indices moins préoccupants, une taille de tumeur bien plus petites, sans que des ganglions soit touchés. » Que demander de mieux 😉

Bref, je me suis mise des œillères qui ne me laissaient entrevoir qu’une chose : une ligne droite sans accrocs avec à la sortie un corps débarrassé de toute récidive possible. La chute en fut d’autant plus haute et les oeillères se sont refermées sur moi.

J’ai distillé la bonne parole en faisant à mon tour les différentes annonces. Cette fois, j’ai expérimenté de rester en acticité professionnelle pendant la première phase de traitement. Tout cela me donne une pêche d’enfer et confirme à moi-même et à ceux qui m’entourent mon discours minimaliste. Tout va bien !!! On ne va pas en faire une affaire quand même. Rien à voir avec ma première expérience, durant laquelle il y eut sur la première phase un doute sur l’efficacité du traitement. Sachant que 5% des cancers triple négatif ne réagissent pas à la chimio et que le FEC avait tout juste déformé la tumeur, j’étais à l’époque aux antipodes psychologiquement ! Cette fois le FEC a été efficace il l’a ratatiné la bête de 22 à 8 mm. De plus, nous sommes en présence d’un faux triple-négatif ou du moins pas un vrai à 100%, un des 3 récepteurs n’est pas à 0. Bref je vous fais une traduction : 1/ cela confirme que ce n’est pas le même que le précédent, 2/ je serai éligible pour suivre une hormonothérapie en fin de traitement.

Extrait du livre "Le Nénuphar - Carnet de route avec un cancer" de Chloé Renault

Extrait du livre « Le Nénuphar – Carnet de route avec un cancer » de Chloé Renault

 

J’en profite pour faire une parenthèse sur la terminologie de ce cancer : triple négatif ! Non mais franchement ! Les chercheurs sont des bêtes de courses scientifiques mais par contre ils ont la psychologie d’une huitre ! Déjà à l’annonce, le mot cancer te met sous terre direct et en plus ton oncologue t’annonce un triple négatif : trois fois zéro, tellement il est nul ton cancer !!

 

 

Puis il y eu fin décembre …

Le décès d’Elena fût un choc, il a ébranlé toutes mes certitudes. Il m’a renvoyé une réalité en pleine figure : le cancer du sein on peut encore en mourir. Elena, seule personne, seul exemple de cancer triple négatif qui m’avait démontré qu’on pouvait s’en sortir, que cela marchait. Elle était ma vigie aux avant-postes à me montrer la voie avec ses 6 mois d’avance sur moi sur les traitements et surtout la rémission…

Mon arrêt maladie était planifié sur la seconde partie du traitement, la plus fatigante, celle qui se distille à un rythme hebdomadaire avec un nouveau lot d’effets secondaires, plus sournois que l’an passé. Lors du précédent épisode, le taxotère produisait des courbatures musculaires et articulaires monstres, quand je dis « monstre », c’est la sensation d’avoir été percuté par semi-remorque ! Cette fois, avec son cousin le taxol, c’est différent… il joue avec mes terminaisons nerveuses, il a des effets neuropathiques. Il réveille principalement les nerfs qui ont été attaqués au bistouri il y a un an tout juste. Mauvais souvenirs de douleurs placées au mauvais endroit. La première fois, je prenais tous les effets secondaires comme ils venaient, armée de ma super pharmacie pour parer à toute éventualité. Cette fois ci, le moindre effet est le signe de la maladie qui résiste, qui a pris le pouvoir sur mon corps. Au fil des chimios et des effets, je descends encore plus bas. La raison ne parvient plus à prendre le dessus, mon petit démon l’emporte à chaque fois et rend encore plus difficile la remontée…

Mi février je suis au plus bas avec une séance annulée car les plaquettes sont trop basses et des plaques rouges qui apparaissent, localisées au niveau du précédent épisode. C’en est trop ! Dans ma panique générale, je me sens aspirée par le fond. Et si la maladie avait pris le dessus ? J’ai le sentiment de me prendre des lames de fond et au fur et à mesure j’ai de plus en plus de mal à remonter à la surface. Le peu de raison qu’il me reste me guide directement jusqu’à Curie auprès des infirmières de chimio.

du livre "Le Nénuphar - Carnet de route avec un cancer" de Chloé Renault

Toujours extrait de l’excellent livre « Le Nénuphar – Carnet de route avec un cancer » de Chloé Renault

Elles sont 3 et se mettent en 4 pour me prendre en charge. Elles sont en opération désamorçage. Pour commencer, mes plaquettes sont remontées j’aurai bien ma chimio. Les plaques ? Probablement le taxol qui provoque souvent des allergies dès lundi le médecin me donnera tout ce qu’il faut. Et pour refaire surface ? Elles ont une ordonnance, des petits cachets magiques la marque flower power dose mini pour pouvoir en prendre matin, midi et soir. Résultat ? Une semaine après, je nage à nouveau.

En parallèle, j’ai commencé la sophrologie. Un bien fou ! J’ai vraiment le sentiment d’avoir repris le contrôle de mon corps et d’avoir remis la maladie à sa place. Elle m’avait envahi, cette fois, elle est enfouie dans un tout petit coin, elle est emprisonnée sans aucun champ libre.

Résultat je revis !

Lundi je vais retrouver ces infirmières pour ma dernière dose. C’est à la fois un soulagement même si au fond de moi, j’ai peur de quitter ce staff exceptionnel et de ne plus être sous traitement.

Alors cette année c’est décidé, je me suis lancée dans un projet qui me tient à cœur qui sera ma seconde béquille pour aller au bout.

Je vais avoir besoin d’aide ! Mon aventure demande un peu plus de 6 mois de préparatifs. Je dois constituer une équipe de choc. Si vous êtes curieux, contactez moi et rejoignez moi !!

Les cheveux en moins, le poids des regards en plus

La médecine a énormément progressé sur les chimios. Elles sont personnalisées et les effets secondaires mieux soulagés. Les vomissements sont extrêmement rares de nos jours. On subit plus un état général nauséeux. On repart avec une liste de médicaments et astuces en escalade pour stopper les douleurs qui, si suiviesi à la lettre fonctionnent plutôt bien.

Mais il y a une chose qui ne change pas, la chute des cheveux ! Le casque congelé peut la  retarder mais en aucun cas l’éviter.

Je suis pour la seconde fois scotchée par la précision du timing ! A J+15 après la 1ère chimio, quelques mèches, puis J+18 c’est l’hécatombe. Alors comme la première fois, je n’ai pas attendu…

J’ai embauché Florence pour sa première expérience de tondeuse. Un grand merci à elle car c’était un vrai soulagement pour moi mais une sacrée expérience en apnée pour elle.

Pas facile, par contre pour les garçons de me revoir ainsi après 10 mois de repousse… Le fait que ma première séance ait eu lieu pendant ma semaine de vacances, le fait que je continue à travailler, tout cela mettait jusqu’alors ma maladie en sommeil depuis l’annonce. Mon crâne m’a ramené d’un coup au statut de malade et a replongé mes hommes 1 an en arrière. Mon Loulou a beau être un warrior, cela l’a touché et il est finalement moins à l’aise que l’an passé avec mon apparence. Il faut dire qu’il n’est pas gâté. La même semaine, il a vu son grand-père amputé à mi-tibia et sa mère sans cheveux. Cela commence à faire beaucoup pour un seul petit homme.

Alors c’est fait, me voici officiellement aux yeux de tous malade. Jusque là, je pouvais passer inaperçue maintenant c’est foutu. Premier marché, premières courses de quartier, les regards se font plus lourds que la première fois. Ils ne disent rien mais je les entends dans leur tête : oh la pauvre c’est quand même la deuxième fois … Je suis sûre que certains m’enterrent déjà. Et bien NON ! Je renvoie mon plus beau sourire toute bien maquillée et pomponnée !

Telle la fille que je suis, j’ai « compensé » en m’offrant des nouveaux turbans, bizarrement je ne parviens pas à remettre les mêmes que l’an passé. Plus tard peut-être. J’entame cette nouvelle étape avec de la couleur, du volume, bref je ne me laisse pas entrainer dans la spirale du statut de malade !

M’investir dans mon travail y contribue énormément et rassure Axel. Lorsque je lui ai annoncé que j’étais à nouveau touché par la maladie, je lui ai expliqué que cette fois ce serait moins grave et me voir partir travailler le matin le rassure.

Deuxième séance hier, pour l’instant un simple état cotonneux et nauséeux mais pas de douleur particulière cette fois. J’attends demain pour connaître les nouveautés.

 

Ma nouvelle bataille

Nous y revoilà, 6 mois passés à me reconstruire et retour au point de départ, …enfin pas tout à fait.

Il s’est sournoisement faufilé après une série d’examens en juillet totalement cleans et localisé symétriquement par rapport au précédent. Trop simple pour lui d’apparaître de face, d’ailleurs il se déplace en travers, tapis de côté à patienter. Nous voilà donc reparti au combat. En fait, petite erreur, ce n’est pas le même. Le premier a bien été éliminé, terrassé ! C’est son petit frère.

Psychologiquement cela change tout. Cela signifie que Curie l’a bel et bien guéri la première fois. A ce jour, le côté droit est parfaitement sain. C’est un nouveau, de même type agressif, Triple négatif, mais moins développé et avec des indicateurs bien plus bas qu’en mai 2014. Il n’a pas eu le temps de toucher des ganglions. Ce n’est pas une rechute. Et ça, c’est le plus important.

Une nouvelle fois mon entourage médical a été rapide et coordonné. 27 septembre, je le sens ; 2 octobre écho, mammo, biopsie, gynéco ; mercredi 7 octobre 16h ma gynéco transmet mes résultats à Curie ; 18h appel de mon oncologue, rdv pris pour le 9. La semaine du 12 au 16, bilan complet avec scintigraphie, doppler et scanner thoracique ; hier, 19 octobre 1ère nouvelle  chimio.

L’an passé, le protocole était composé de 8 séances espacées de 3 semaines. 4 de FEC et 4 de Taxotère. Mon oncologue a prévu quelques variantes mais qui suivront à peu près le même schéma. 3 FEC, pas possible plus aussi rapproché de la dernière fois, et au lieu du Taxotère ce sera son cousin, le Taxol en 12 séances hebdomadaires complété par la Carboplatine.

Retours à la pharmacie avec mes flacons de bicarbonate, mon homéopathie contre les nausées, les médicaments de secours pour chaque effets secondaires, retour des vernis spéciaux et des soins préventifs des mains, retour des turbans, retour de la perruque, ah non pas elle le conseil de famille l’a éliminée d’office ;). Pour l’instant, des crises de douleurs abdominales pour cette première, je sais bien que chaque étape aura son lot de désagréments.

Alors c’est une nouvelle parenthèse qui s’ouvre, je l’aborde bien mieux que la première car je ne vais pas dans l’inconnu, car je suis riche de cette première expérience pour gérer les effets secondaires notamment. Et surtout avec tous les doutes en moins ! J’ai vaincu le premier et il m’a rendu plus forte pour affronter celui-ci.

 

 

 

 

Mon Everest

Petit à petit le cours de la vie reprend son cours normal.

J’ai quitté Curie et mes visites quotidiennes. Je retrouve une place professionnelle, une place active au sein du foyer. Cela fait 3 mois que je retravaille… à 3/5ème mais j’ai repris mon activité professionnelle.

C’est l’heure de la transition. Après un suivi médical millimétré c’est le grand saut dans le vide. Comme un nageur débutant, il faut parvenir à la prochaine bouée sans se faire submerger. Alors pas à pas, je retrouve des marques. La reprise du travail aide beaucoup, même si elle fatigue énormément. Les premiers jours ont été terribles : le plus marquant et le plus difficile a été le flux d’informations reçues, sans l’entrainement qui permet de trier quelles sont celles à utiliser à court, moyen ou long terme. Submergée.

Je travaille les lundis, mardis et jeudis. J’ai réussi à trouver un kiné sur Montrouge qui me prenne les mercredis et vendredis matin. A cela s’ajoute le sport, qui à raison de 2, 3 séances divise par 2 les proba de rechute. Et bien c’est toujours inévitable, le mercredi après-midi je ne peux échapper mes 1h30 de sieste. Le vendredi et le week-end, c’est moins marqué mais je fais malgré tout ma sieste quotidienne et autant vous dire que le soir, je ne fais pas long feu… Mais enfin, je reprends étape par étape une vie quasi normale, fatiguée mais normale.

Après mon travail, ce qui m’a permis de me retrouver c’est aussi les séances de sport. Mais pour le coup, j’ai peut être démarré un peu trop fort, un peu trop vite.
C’est le début des douleurs, le long du bras, sur le muscle pectoral, au niveau des tendons,… et pas d’effet bras gonflé mais un bel œdème de lymphe sous le bras. Les séances de kiné permettent de le réduire par moment, d’atténuer les douleurs et d’améliorer mes amplitudes de mouvements. J’ai mis en parenthèse mes séances de RPM (vélo cardio) pour ne pas interférer avec le travail de mon kiné.

En fait tout cela est bien long, …très long.

Surtout ces douleurs qui persistent, qui varient et qui perturbent forcément. Cela passe par des douleurs musculaires, des irritations, des pics de décharges. Puis arrive le jour où je ressens quelque chose au côté gauche, l’autre côté : est-ce musculaire à force de tout porter, tirer avec le bras gauche ? Est-ce le port-à-cath (système implanté sous la peau, utilisé pour les injections de chimio) qui n’est pas retiré ? Enfin, fatalement, est-ce une rechute ou tout simplement psychologique ?
Je ne revoie l’oncologue que dans un peu plus d’un mois alors je prends rdv chez ma gynéco. Nous ne nous sommes pas revues depuis qu’elle m’a confié à Curie, ce sera l’occasion de faire un bilan. Elle me dira si je dois m’inquiéter. J’en ressors avec une ordonnance d’IRM. Selon elle pas d’alerte particulière mais au moins l’IRM me rassurera et nous pourrons partir en vacances sereins. Cela fait son effet une semaine puis les méninges se remettent à turbiner. Mon type de cancer étant plus virulent, les signes du coté opposé sont forcément un signe… l’IRM ne se fera que dans un mois !
Le temps passe malgré tout et arrive enfin cette 1ère consultation de suivi. On ne pense qu’à cela mais elle ne dure finalement que10 minutes : mes prises de sang sont OK, je lui parle de mes douleurs diverses et variées : tout est normal. La douleur est normale, la variété des douleurs aussi et cela va durer. Je repars en plus avec une ordonnance de mammo et d’échographie que je parviens à caler le jour de l’IRM.

Arrive enfin cette journée du 10 juillet qui va s’avérer très longue.
8h30, je commence par l’IRM. Saleté d’examen ! Allongée sur le ventre, casquée, je rentre dans ce tube pour 20 minutes extrêmement longues. Ce casque de musique n’a jamais couvert les bips de la machine. Que dis-je des bips !! Un marteau piqueur. Immobile à l’extrême, les neurones compensent en s’agitant dans tous les sens. Que de vas et viens… Je passe de la rechute fatale à la phase du deuxième sein atteint mais remise après une nouvelle année de traitement à un diagnostic sain… puis la rechute… bref 20 minutes pendant lesquelles le scénario reboucle et reboucle. Coup de malchance, l’appareil qui permet au docteur d’analyser les clichés est en panne je repartirai donc sans les résultats. Prochaine étape à 17 heures.

Je commence par la mammo puis on m’installe pour l’échographie, seule, allongée, torse nu, j’attends. Le Docteur analyse les images du matin et la mammo avant de venir me voir. Ce qu’elle verra la guidera pour l’écho, lui montrera le chemin où zoomer. Les mêmes longues 20 minutes du matin, sans le bruit cette fois. La lumière est tamisée, tout est plutôt propice au calme. Ça tombe bien ! Comment vous décrire ces 20 minutes là ? Il y a des moments où vous savez que rien ne sera plus comment avant, que tout peut basculer. Mais cette fois, je sais vers quoi. J’en ai eu un aperçu et si cela devait recommencer, je sais pertinemment que ce serait pire encore. J’ai la sensation d’être au bord d’un précipice dont je ne peux réchapper en cas de chute, je suis en équilibre permanent, pendant une éternité. Toutes les variantes défilent, j’imagine mes proches face à une nouvelle épreuve, mon corps une nouvelle fois mutilé, ma vitalité une nouvelle fois entamée.
Elle entre,… rien, elle ne voit rien. A gauche cela doit venir soit de mon pac, soit de contractures musculaires dues aux compensations du côté droit. Quant à droite, elle confirme les dire de l’oncologue : ce sera long.

Cette maladie, de la savoir invasive, est une véritable torture psychologique. Comment rester vigilante, écouter son corps pour anticiper toute rechute tout en dépassant les petites douleurs quotidiennes pour vivre normalement et oublier la maladie. Tellement entourée pendant la maladie et seule ensuite avec tous ces doutes … C’est là le plus difficile.

Vers novembre, décembre j’étais pleine de projets. Ma vie était entre parenthèse pour 10 mois, j’imaginais alors tout autrement les mois suivants.
Première initiative : monter une manifestation Octobre Rose sur Montrouge durant tout un week-end, avec du sport, des stands d’information, une, voire deux soirées qui auraient permis de récolter des dons. J’avais tout en tête, je voyais les équipes, les financements, mais il m’a manqué le principal : l’énergie. J’ai été incapable de préparer le brief, de rédiger un projet. Ce projet avait pour but de récolter des dons pour Curie. Je voulais moi aussi leur apporter quelque chose. La fatigue l’a empoté.
Deuxième projet : après Curie, me fixer et remporter un challenge sportif (et psychologique). Je m’étais mis en tête de faire la Spartan en septembre : éliminée par les médecins car impossible avec mon bras. Je ne pourrai ni tirer, ni soulever, ni m’appuyer. Bref trop de ni. Comme pour la manifestation, j’ai surévalué quelles seraient mes capacités après une chirurgie ayant touchée la chaîne ganglionnaire, les rayons et cette foutue chimio qui m’a transformée avec des articulations et une souplesse d’octogénaire.  Reste une course, faisable avec mon bras. Reste à reprendre petit à petit. J’imaginais quelque chose de plus complet qu’un footing, de plus symbolique. Cela m’a déçue et donc démoralisé.
Je me suis également renseignée sur l’association « A chacune son Everest ». Des femmes font un séjour à la montagne. Le séjour allie échanges entre malades, avec une psy et randonnées. Pas prête à partir entre malades mais je retiens.

Avec le temps, j’ai compris, mais pas encore totalement admis que je devais simplement remettre les choses dans mon contexte. Octobre rose c’est tout les ans, lorsque je serai d’attaque je pourrai toujours relancer ce projet. Concernant la Spartan, je dois assimiler que je ne retrouverai jamais mes aptitudes d’avant. Prendre comme challenge une course me paraissait trop simpliste. Et bien non, aujourd’hui il me faut accepter que 10 km c’est un challenge.

La clé est là : Mon Everest, aujourd’hui, c’est de trouver l’équilibre afin vivre sereinement malgré tous les aléas physiques, continuer la reprise progressive du  travail, retrouver une vie normale. Aujourd’hui c’est cela Mon Everest, rien d’extraordinaire, mais tout simplement le principal.

« Guérir le regard » : bravo Curie

J’ai regardé « Guérir le regard, se reconstruire après une mastectomie », premier film-documentaire réalisé sur 2 années de travail par le groupe de travail « Info-Sein – soignées et soignants ».

Emouvant et quels témoignages sur la perte d’un sein, puis la reconstruction physique ou morale.

Cette mise à nu est une victoire supplémentaire pour ces femmes.

A conseiller à une proche touchée, à voir aussi pour comprendre cette étape ultime.

 

 

Nouveau départ

Ca y est, c’est reparti ! J’ai repris le travail depuis le 2 avril. M’asseoir à mon poste de travail et relancer mon PC… Il me faut retrouver mes marques. Le 3/5 ème n’est pas du luxe, je ne fais pas long feu les premiers soirs arrivée à la maison. Le flux de mails est relancé, tout va extrêmement vite. Il faut reprendre les habitudes, les réflexes pour analyser rapidement les demandes, anticiper les plannings. Après tout ce temps, je dois retrouver mes automatismes et me concentrer davantage pour éviter notamment des erreurs de pièces jointes 😉

3 jours, c’est à la fois suffisant et handicapant : physiquement je ne pourrais pas attaquer à 5 jours par semaine et en même temps, 3 jours c’est court. Je dois garder en tête dans mon organisation mon rythme de travail qui me demande beaucoup plus d’anticipation. Pas toujours facile.
Mais bon, je ne vais pas me plaindre, à côté de cela, j’ai eu un accueil au top de mon équipe, de proches… Les bonjours de collègues moins proches, ce matin là, ont été plus appuyés qu’à l’habitude, plus souriants.

3 jours, pour mon Loulou c’est suffisant. Lui aussi a besoin d’une transition, il a eu sa mère tous les jours pendant 10 mois. Nous devons tous les 2 reprendre nos marques.

Autre reprise, j’ai toujours essayé de faire du sport pendant mon périple. Dès que j’en étais capable je tentais de m’astreindre à un rythme de 2 à 3 séances hebdomadaires. Par contre, en m’adaptant toujours à mes capacités. Mais j’ai dû arrêter les footing pour éviter les chocs, les cours de RPM trop intensifs… Alors dimanche dernier c’était aussi la reprise du sport dans son « intégralité », du RPM (« Round Per Minut »), un cours de vélo en salle en musique. C’est un cours très cardio au cours duquel on brule énormément de calories. Je me suis donc lancée sous l’oeil bienveillant de ma coach en me demandant comment mon corps allait encaisser ce cours. Et bien, j’ai fini en sueur mais ravie car j’ai réussi à suivre comme tout le monde ! Pas d’adaptation, pas de ralentissement imposé par mon corps, j’ai pu donner à fond tout ce que j’avais et cela m’a fait un bien fou ! J’ai vraiment retrouvé mes sensations d’avant. Une vraie bouffée d’oxygène, de liberté, retrouver enfin mon corps !

Cette fois c’est parti pour de bon, j’ai vraiment repris le cours de ma vie. Je ne suis plus en mode parenthèse et ça fait du bien.

Un vrai nouveau départ

Renaissance

Après …

définitivement non !

définitivement non !

2 biopsies
1 scintigraphie
3 IRM
8 chimios
12 prises de sang
1 perruque
+ 4 kilos
1 chirurgie
2 redons
4 ponctions (j’avais oublié ;))
1 test génétique
24 séances de radiothérapie
26 consultations
– 4 kilos
10 mois

Voilà c’est fini !! Enfin … pas complètement. Les douleurs sont toujours là mais Curie a rempli sa mission. Pas d’immunothérapie pour moi, rdv dans 4 mois pour le 1er contrôle. Autre bonne nouvelle après résultat des tests génétiques, il n’y aura pas d’opérations préventives de types ovariectomie ou mastectomie du sein encore sain. Malgré mon héritage familial, je n’ai pas de mutation des gènes BRCA 1 ou 2. Sentiment très particulier depuis deux semaines. Après avoir été prise en charge par Curie durant 10 mois, je suis un peu perdue et paniquée de ne plus être suivie. J’imagine que cela va s’atténuer avec le temps. Pas facile non plus de se battre pendant 10 mois puis de reprendre le cours de sa vie. Du jour au lendemain la maladie n’est plus le centre de notre attention.

Maintenant place à ma reconstruction. Toutes ces séances de rayons, m’ont finalement permis d’accepter ce nouveau corps en exhibant ce torse tous les jours au staff technique. Aujourd’hui, je dois soigner ma peau et commencer la kiné pour atténuer les douleurs liées à la chirurgie.

Dans moins de 2 semaines c’est le retour au travail. Je ne réalise pas vraiment.

C’est le bon moment pour vous remercier pour vos encouragements sur le blog, vos sms hebdomadaires, vos sms du matin pour me souhaiter une bonne journée, vos appels et messages pour prendre de mes nouvelles, votre humour, vos visites surprises, vos photos, la séance de spa, vos courriers, le montage et la hotline du blog, vos fleurs livrées à la maison, celles envoyées par sms, nos vacances à Saint-Paulet, vos marques d’affections, vos sourires, vos propositions de coup de main, vos orchidées, la Parisienne, vos clins d’oeil, vos dons pour la marche des Lumières, ceux pour une jonquille pour Curie, votre coaching, vos bourdes, vos séances de sport, nos balades en bord de mer, votre marche à mes côtés, votre accueil, vos partages facebook, votre attention, vos pensées, vos coups de pied au cul, votre amitié, votre amour,…

Photo du 29-07-2014 à 14.31Mention spéciale pour mes hommes qui m’ont aidé à traverser cette épreuve sans jamais flancher, principalement mon Loulou qui du haut de ses 9 ans est un vrai pilier, présent à chaque étape, celui qui m’aura vu chauve, m’aura accompagné pour mes ponctions, à mes séances de rayons, mon petit expert qui valide ou me fait corriger l’emplacement de ma prothèse … une complicité renforcée à jamais, un véritable booster.

En vadrouille à Toulouse et Albi, ce retour aux sources est l’endroit idéal pour commencer ma renaissance.

Coupette à Saint-Paulet

Coupette à Saint-Paulet

La petite bande Monnier

La petite bande Monnier

La marche des lumières

La marche des lumières

Une partie de l'équipe chimio

Une partie de l’équipe chimio

La Parisienne

La Parisienne